Au delà du tableau par Léa MARIE 

Au-delà du tableau

           Rebecca a 30 ans. Elle est artiste peintre et vit seule dans le quartier Noting Hill à Londres. Ce matin-là, Rebecca est au volant de sa voiture. Elle revient de sa galerie de peinture et rentre chez elle. Son esprit vogue dans les contrées les plus éloignées de la pensée, bercé par les cliquetis des pots de peinture, des pinceaux et des boîtes à crayon en fer posés sur le siège arrière. Soudain, une couleur vive sur la route attire son attention. Devant elle, à quelques dizaines de mètres, un cycliste au manteau rouge vif roule sur le bas-côté. La jeune femme est un instant troublée en dépassant le cycliste puis se reconcentre sur sa route, oubliant cette futile anecdote.

           Après une dizaine de minutes de trajet, elle gare sa petite voiture verte devant un vieil immeuble victorien. Elle sort de son automobile en claquant la porte. Arrivée devant le perron, elle s’arrête un instant le temps de composer le code d’accès. La porte s’ouvre. Elle rentre dans le hall. Elle salue la vieille concierge d’un geste de la main puis commence l’ascension des cinq étages. Les marches en bois craquent sous ses pas.

           Un peu essoufflée, Rebecca arrive enfin devant la porte de son appartement. Elle tire une clé de sa poche et l’enfonce dans le mécanisme en métal. Un claquement résonne dans la cage d’escalier. Elle ouvre la porte d’un coup d’épaule. La jeune femme entre dans un petit vestibule encombré. Elle pose son sac, son écharpe et son manteau sur une chaise à sa droite. Elle ramasse au passage deux ou trois crayons traînant par terre. Elle pénètre dans le salon. Un peu partout sont disposés des chevalets et des toiles inachevées. Sur la télé, la table et l’unique canapé sont posés pêle-mêle des pinceaux, crayons et fusains. Une boîte de couleurs est ouverte sur une chaise. Au sol jonchent de grandes feuilles d’esquisses, de croquis. Rebecca marche sur la pointe des pieds pour éviter de les écraser. Mais soudain, elle perd l’équilibre et percute une chaise. De la peinture, rouge coule et tache certains dessins. Le jeune artiste laisse échapper un juron. Mais cette couleur rouge lui rappelle brusquement le cycliste au manteau criard. Elle a l’impression d’avoir déjà-vu cette scène auparavant. Peut-être dans un de ses dessins ? Elle commence à en ramasser quelques-uns. Non. Ce n’est pas là. C’est plus ancien. Rebecca ouvre alors la grande armoire du vestibule et en sort un carton à  dessin vert .  À l’intérieur, elle trouve plusieurs croquis datant de son adolescence. Elle tombe sur une aquarelle étrangement familière. Elle représente un cycliste avec un manteau rouge sur la route qu’elle emprunte pour se rendre à sa galerie et, chose étrange, la scène est vue par un conducteur comme l’indique le cadre du pare-brise de la voiture et les essuie-glaces.  Quelle coïncidence…

           Le lendemain après midi, Rebecca se promène dans le parc municipal en quête d’inspiration. Au bord du chemin une vieille femme donne aux pigeons quelques miettes de pain. L’un d’eux est affectueusement posé sur son épaule.La jeune artiste sourit et demande à la veille femme la permission de la croquer. Cette dernière accepte d’une douce voix.  Rebecca s’installe et commence à esquisser les traits de la scène.  Soudain, sa main s’immobilise. Elle a déjà fait ce dessin, elle en est certaine. Après s’être rapidement excusé auprès de la femme aux pigeons, Rebecca rentre chez elle en courant.

           Elle jette ses affaires sur le sol et se précipite dans la pièce principale. Les doigts tremblants, elle ouvre le carton à dessin qu’elle a ressorti la veille. Elle retrouve le dessin du cycliste et…celui d’une vieille femme, la même que celle du parc, nourrissant des pigeons avec un oiseau sur son épaule. Un frisson la parcourt sans qu’elle comprenne pourquoi.  Elle examine furtivement les autres croquis puis s’arrête sur un dessin au fusain. Une femme est penchée au-dessus d’un carton à dessin. Elle tient une feuille à la main et semble s’étonner de ce qu’elle voit. En observant plus en détail cette scène étrange, Rebecca distingue sur le mur derrière la femme, une ombre mystérieuse brandissant un couteau.

           La femme se fige, pétrifiée par la peur, l’angoisse. Un frisson remonte le long de sa colonne vertébrale. Elle commence à trembler de tous ses membres. Elle lâche ses dessins qui tombent lentement sur le sol. Lentement, très lentement, Rebecca tourne la tête. Elle a juste le temps de voir scintiller la lame.

           La fenêtre s’ouvre subitement. Les papiers volent partout dans la pièce. Le carton à dessin laisse échapper son contenu. On a juste le temps d’apercevoir une femme allongée sur le sol dans une mare rouge avant que le dessin ne s’efface, le papier se gorgeant de sang.

Tags : au  dela  du  tableau 

Commentaires

Super bien écrit ! T'as un style très simple (c'est un compliment), tout le contraire de moi ^^ Bonne continuation
, le 2008-03-10 à 21h01

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