Commentaire composé sur les essais de Montaigne 

Il s’agit d’un texte écrit par Michel de Montaigne qu’il enrichira durant toute sa vie. Extrait des Essais (II, 6) il rapporte pensées, réflexions et vie de son auteur. Michel de Montaigne ou plutôt Michel Eyquem de Montaigne, né le 29 février 1553 à Bordeaux et mort le 13 septembre 1592 à Saint Michel de Montaigne, est un penseur humaniste. Il quitta son rôle politique en 1570 pour se consacrer à sa « librairie » et à son ouvrage Essais. Ce penseur de la Renaissance accomplira plusieurs voyages à travers l’Europe en 1580 et en 1581. Il en laissa un « journal ». Ce mouvement intellectuel dont il faisait partie, l’humanisme, naquit en Italie pensant la Renaissance et plus précisément au XIVème siècle.

Ce texte où se mélangent italien et français se présente sous la forme de trois paragraphes : le premier portant sur les blessures physiques, les deux autres sur l’âme. Il explique les différentes sensations, pensées et réflexions que Montaigne a, à la suite de sa chute de cheval.

Mais comment Montaigne nous démontre-t-il que l’expérience est un facteur d’apprentissage et donc que la méthode empirique marche ?

La première partie de ce commentaire de texte sera consacré à l’expression de la douleur physique, la deuxième à celle de la douleur mentale et la troisième et dernière partie au passage de la douleur à la méditation.

 

Tout d’abord, cet extrait rapporte la description organisée de la chute de cheval de Montaigne et les douleurs physiques qu’elle a entraînée. Elle débute par la mise en place du récit entre la ligne 1 et la ligne 6. La chute s’annonce, se devine : « vint le pousser à toute bride droit dans ma route, et fondre comme un colosse » (ligne 5). On peut noter un grand contraste entre la description propre du narrateur : « le petit homme et petit cheval » (ligne 6) et celle accrochée à la personne qui va provoquer la collision puis la chute : « un de mes gens grand et fort » (ligne 2), « un puissant roussin » et « bouche désespérée » (ligne 3), « frais au demeurant et vigoureux » (lignes 3 et 4), « à toute bride » et « fondre comme un colosse » (ligne 5). Les deux descriptions sont totalement différentes et disproportionnées : la seconde est beaucoup plus importante que la première. Ces différences donnent un effet de dramatisation et provoquent chez le lecteur de l’empathie pour le narrateur, pauvre petit homme et petit cheval qui vont se faire foudroyer ; même presque tuer par l’énorme colosse.

 

Ensuite, le texte présente le choc et la chute en eux-mêmes à l’aide de différents procédés comme la personnification suivante qui met en valeur la perte totale du cheval « bouche désespérée » (ligne 3), l’hyperbole « le foudroyer de sa raideur et de sa pesanteur » (ligne 6) qui exagère pour insister sur la violence du choc et encore la perte de références ligne 7 « nous envoyant l’un et l’autre les pieds contremont ». Montaigne utilise aussi un parallélisme pour désigner l’état du cheval et celui de son cavalier : « Le cheval abattu et couché tout étourdi » (lignes 7 et 8) et « moi dix ou douze pas au-delà, mort, étendu à la renverse » (lignes 8 et 9). Il insiste également pour montrer la violence du choc avec l’adverbe « tout » : « le visage tout meurtri et tout écorché » (ligne 9) ou encore « mon épée que j’avais à la main, à plus de six pas au-delà, ma ceinture en pièces, n’ayant ni mouvement ni sentiment, non plus qu’une souche » (ligne 9, 10 et 11). Cette insistance sur la violence du choc captive le lecteur et affirme l’empathie pour le narrateur.

 

Et enfin, l’ « après chute » est présentée par un contraste flagrant entre la violence, le choc, le mouvement (« fondre », ligne 5, « foudroyer », ligne 6 et « nous envoyant », ligne7) et l’immobilité après la chute (« abattu et couché », ligne 8, « mort, étendu », ligne 8 et « ni mouvement », ligne 10). Ce contraste crée du relief au récit et donne au lecteur l’envie de continuer à lire.

La douleur mentale est aussi présentée dans cet extrait. Le réseau lexical de la mort (« me tenant pour mort », ligne 13 et « pour trépassé », ligne 16) contraste avec celui de la vie (« à me mouvoir et respirer », ligne 16 et 17, et « de ressusciter », ligne 18). La précision donnée par Montaigne sur le passé de sa santé « c’est le seul évanouissement que j’ai senti jusqu’à cette heure » (lignes 11 et 12) confère à l’évènement un caractère exceptionnel et lui donne de ‘intérêt. Des adverbes d’intensité et des comparaisons donnent également encore plus d’ampleur à l’événement en exagérant et le rendent donc encore plus spectaculaire : « par tous les moyens » (lignes 12 et 13), « avec beaucoup de difficultés » (ligne 14), « loin de là » (ligne 15), « plus de deux grosses heures » (ligne 13), « si grande abondance » (ligne 17), « un plein seau » (ligne 19) et « et plusieurs fois » (ligne 20).

Le corps et l’âme sont comparés grâce à une figure d’analogie : « Quand aux fonctions de l’âme, elles naissaient avec même progrès que celles du corps » (lignes 32 et 33). Lorsqu’il évoque le sang sur lui « Je me vis tout sanglant » (titre), on peut imaginer que son cerveau est dans le même état « que j’avais reçu une arquebusade dans la tête » (lignes 34 et 35). Ceci est une analogie : il exagère avec « ma vie ne tenait plus qu’au bout de mes lèvres » (ligne 36) et « aussi tendre et aussi faible que tout le reste » (lignes 39 et 40).

 

Pour terminer, dans cet extrait, Montaigne passe de la douleur à la méditation. Pour cela, le système temporel change : de la ligne 1 à la ligne 41,ce sont des temps du passé (« était », ligne 2, « avait », ligne3, « vint », ligne 4, « j’aie sentie », ligne 11, « purent », ligne 13, « prirent », ligne 13, « m’emportaient », ligne 14, …) et de la ligne 42 à la fin, il n’y a que le présent qui est utilisé (« crois », ligne 42, « voit », ligne 42, « plaignons », ligne 43, …). Ce changement temporel est expliqué car Montaigne passe de la narration à la réflexion. Pour exposer son point de vue, il passe, ici, par l ‘évocation d’une anecdote, sa chute à cheval et les moments qu’il a passé au seuil de la mort. Il enseigne donc au lecteur en le distrayant. C’est le même état que l’analogie entre un cas particulier et la généralité, l’universalité. Il s’agit de croire que tout le monde est comme telle personne. On est donc tous concernés.

Il donne, dans cet extrait, deux citations en Italien (visées didactiques) : « Perche, dubbiosa anchor del suo ritorno, Non s’assecura attonita la mente » et « come quel ch’or apre or chiude Gli occhi, mezzo tra’l sonno è l’esser desto ». Il partage son expérience à cause de son appartenance à l’Humanisme. Ces citations démontrent l’appartenance de Montaigne à son temps : la Renaissance.

 

L’examen du texte a donc permis de comprendre comment Montaigne, ici, auteur narrateur personnage, en nous racontant une expérience personnelle, une chute de cheval qui aurait pu être mortelle, nous démontre que l’expérience est un facteur d’apprentissage. Nous avons commencé par travailler sur l’expression de la douleur physique : Montaigne dépeignait sa chute, le choc et toutes les douleurs qu’il ressentit par la suite. Après, nous avons étudié l’expression de la douleur morale : l’âme et ses souffrances. Et nous avons finit en examinant comment Montaigne passe de la douleur et de l’anecdote à la méditation, du concret à l’abstrait, du corps à l’âme, du particulier au général, c’est le raisonnement inductif. C’est parce-que Montaigne s’approche de l’agonie qu’il peut comprendre les autres qui sont, qui se sont ou qui seront dans la même position que lui. Pour lui, il faut ressentir ce que cette personne ressent pour la comprendre. Il connaît l’agonie. L’expérience est un facteur d’apprentissage. Cette méthode est scientifiquement appelée la méthode empirique : c’est l’apprentissage par expérience. Mais nous pouvons quand-même nous demander si on ne peut pas comprendre les sentiments et les douleurs d’autrui, sans avoir vécu ce que cette personne a vécu elle-même ? Ou encore si la méthode empirique ne peut que marcher ou plutôt que chacun ressente d’une façon différente des autres ?

Tags : essais_montaigne 

Commentaires

A part ça, la case 1com2 reste désespérément vide...
, le 2008-03-09 à 19h19

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