Gouttes de sang par Léa MARIE 

Gouttes de sang

             Erwan a 16 ans. Il étudie la musique dans un vieux manoir de Brest, reconverti en lycée dans les années 60. C’est un grand pianiste, violoniste et guitariste à qui est promis un grand avenir dans la musique mais pour l’heure, il descend la rue menant à l’internat. Les écouteurs visés sur les oreilles, il rêvasse loin des bruits de moteurs, de klaxons et des conducteurs énervés par la lenteur des feux de signalisation.

             Soudain, il bouscule une jeune fille arrivant à toute vitesse devant lui. Il n’a pas le temps de s’excuser qu’elle est déjà partie, entraînant derrière elle une longue chevelure de jais et une grande et sombre cape. Erwan reste quelques instants immobile, troublé par cette surprenante apparition avant de gagner le lycée en courant. Il est en retard ; la nuit tombe.

             Le lendemain, sur le même trajet, il croise une nouvelle fois cette fille tout droit sortie d’un autre temps, d’une autre dimension peut être. Erwan a le temps cette fois-ci, d’observer plus en détail cette beauté inconnue à laquelle il ne cesse de penser et repenser depuis la veille. Son regard bleu entouré de khôl noir, son teint blafard, ses lèvres rosées, sa longue robe lui rappelant les elfes du « Seigneur des Anneaux », ses ongles rouge sang, tout en elle lui semble parfait. Il s’attarde un peu pour regarder sa silhouette noire s ‘éloigner, ses talons claquant sur les pavés gris.

             Chaque jour, à la même heure, Erwan attend la venue de cette mystérieuse jeune fille. Chaque fois, son cœur bondit lorsqu’il l’aperçoit dans le lointain. Chaque fois, il se retient de la suivre. Et puis un jour, ne tenant plus, il se détourne de son chemin habituel. Il marche dans ses pas. Sa cape vole à quelques dizaines mètres.

             Elle tourne dans une ruelle qu’Erwan n’avait jamais remarquée auparavant. Il court pour la rattraper, mais a juste le temps de la voir rentrer dans une maison. Le jeune musicien observe ce passage sans issue. Une canalisation rouillée sur le mur crée une flaque d’eau en laissant tomber des gouttes qui brisent régulièrement un silence pesant. Un rat noir traverse la ruelle en couinant. Erwan a un frisson de dégoût.Il est sur le point de rebrousser chemin, mais le souvenir des yeux bleus de son inconnue le retient.

             Lentement, il marche à travers cette sinistre impasse. Il s’approche de la porte en bois rongée pas l’humidité. Il la pousse en tremblant. Les gonds grincent. Il pénètre dans la vieille maison délabrée. Il étouffe un cri d’effroi en découvrant un repère de ce qui lui semble être des drogués et qui le fixent désormais d’un regard noir. Ils sont une bonne vingtaine. Tous entièrement vêtus de noir, la plupart ont les yeux injectés de sang. Les mains ont une couleur brunâtre dont Erwan ne préfère pas connaître l’origine. Ils attendent visiblement un mot de sa part.

              Le jeune homme est pétrifié de peur, la gorge nouée. Il aperçoit enfin la fille qui le hante et s’accroche à ses yeux bleus comme à une bouée.Elle s’approche de lu avec une lenteur extrême. Le cœur d’Erwan s’affole. Il a l’impression que sa poitrine va exploser. Son souffle s’accélère. Des gouttelettes de sueur perlent sur son front.

Il panique, mais reste immobile, comme statufié.

La jeune fille est maintenant à quelques centimètres de lui et plonge son regard bleu dans le sien.

Une pendule sonne.

L’étrange fille a un sourire peu rassurant.

Cette fois, Erwan hurle. Deux longues canines acérées viennent d’apparaître entre les lèvres de l’inconnue.

Elle continue de s’approcher.

Elle est maintenant collée à Erwan qui ne parvient pas à esquisser le moindre geste. Il sent son souffle glacial dans son cou, son odeur macabre.

Soudain, deux pointes s’enfoncent dans sa chair.

Un second hurlement emplit la pièce.

 

             Une volée de chauves-souris s’envole en trombe par une vitre brisée. Leurs petits cris déchirent la nuit maintenant tombée. Puis peu à peu, le silence revient.

Un chat passe.

Un vent glacé soulève les rideaux mités de la maison vide.

Sur le tapis de l’entrée, quelques gouttes de sang ont fini de sécher.

Tags : gouttes  de  sang 

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