Nous allons maintenant étudier la scène 4 de l'acte V d'Ubu Roi publié le 25 avril 1896 dans le livre d'art et représenté pour la première fois le 10 décembre 1896. Cette pièce, précurseur du mouvement surréaliste, écrite par Alfred JARRY, est la première pièce du cycle d'Ubu. Le personnage principale, père Ubu, a été inspiré du professeur de physique de lycée de JARRY, M.Herbert, qui était pour les élèves l'incarnation même du grotesque, il était d'ailleur surnommé le "père Herbert". Ce livre est aussi une caricature de MacBeth de Shakespeare dont plusieurs allusions sont faites comme la première phrase de la pièce : "Adonc le Père Ubu hoscha la poire, dont fut depuis nommé par les Anglois Shakespeare, et avez de lui sous ce nom maintes belles tragoedies par escript". Dans la dernière scène du livre, on retrouve le Père Ubu heureux, joyeux, sur un bateau en direction de la France où il espère se faire maitre des finances à Paris. Dans cette scène, nous nous poserons la question : quel type de dénouement nous est proposé par JARRY ? Pour ce faire, nous allons étudier l'évolution des personnages dans une première partie, et dans une seconde partie un dénouement caractéristique de la comédie.
1) L'évolution des personnages
- "mais il va tout de travers, il va tomber ton bateau." -> allitération en "t", utilisation du tutoiement -> il se désengage du chavirement, il le met sur le dos des autres. Dès que quelque chose va mal c'est la faute des autres.
- "Ceci est une manoeuvre que nous avons ordonnés" -> utilisation de "nous" -> il s'allie au commandant ce qui montre sa volonté de commander et de puissance. Cette manoeuvre est une bonne chose donc il se l'approprie.
- "arrivez, entendez-vous !" -> Impératif et point d'exclamation. -> Il donne des ordres à tout le monde, il veut diriger alors qu'il n'est pas le commandant => soif de pouvoir.
- "amenez le grand coq et allez faire un tour dans les pruniers" -> Il veut faire croire que les ordres proviennent de lui, sauf qu'il interprète mal les propos du commandant => il veut diriger à sa place.
- "Si ! Si ! Ah ! Eh ! Oh ! Dieu !" -> onomatopés et exclamations -> il s'exclame pour donner des ordres, il le fait comme le commandant, ce qui montre ses admirations devant " un homme de pouvoir" à qui il veut ressembler.
- "Un million de noeuds à l'heure" -> exagération ; "les noeuds ne se défont pas" -> métonymie ; "nous voilà chaviré" -> exagération ->on voit qu'il est peureux ; "Oh ! Ah ! Dieu ! " -> gradation d'onomatopés
- "Entendez-vous monsieur l'équipage" -> faute de français -> père Ubu parle comme un bébé, ce qui le rend attachant malgré sa tyrannie.
- "Appelé Germanie parce-que les habitants sont tous cousins germains", "S'il n'y avait pas de Pologne, il n'y aurait pas de polonais" -> Il fait des remarques d'enfants, il pensent comme un enfant en faisant le rapprochement Germanie/germains.
A la fin du livre, on remarque que le père Ubu n'a pas evolué, il n'a pas muri -> pense toujours comme un enfant, il n'a tiré aucune leçon -> reste tyrannique et attiré par l'argent : il espère se faire nommer maitre des finances à Paris.
La mère Ubu:
- "Voilà ce que j'appelle de l'érudition" -> ele croit que les paroles du père Ubu sur la Germanie sont intelligentes, elle l'appuie -> elle est aussi stupide que lui.
Aucun des deux personnages n'a donc évolué dans ce livre. Leurs aventures ne leur ont rien appris.
2) Un dénouement caractéristique de la comédie :
- "Voilà ce que j'appelle de l'érudition" -> Mère Ubu qualifie d'érudition (= savoir approfondie) les propos absurdes du père Ubu. Cela montre qu'ils s'aiment à nouveau, c'est une fin heureuse.
- "Beau", "éblouirons", "noble", "merveilleuses", "délice" -> beaucoup d'adjectifs positifs sont utilisés ainsi que quelques verbes qui montrent le bonheur et la joie des personnages à la fin de cette pièce.
- La chanson et le "Deus ex-machina" -> elle vient annoncer au dernier moment des critiques sur la religion et le pouvoir. Le "deus ex-machina" est une caractéristique du dénouement des comédies.
- "S'il n'y avait pas de Pologne il n'y aurait pas de polonais" -> revendication nationaliste qui parodie la phrase de Taite : "mais enfin c'est parce-qu'il y a une France, ce me semble, qu'il y a eu la Fontaine et des français".
Le dénouement est heureux, il a les caractéristiques d'une fin de comédie : - fonction critique à la limitie de la dénonciation explicite ; - faire vivre les défauts humains, ici le ridicule de père Ubu ; - un langage utilisé se rapprochant de la langue parlée ; - les amoureux ce marient : ici père et mère Ubu s'aiment à nouveau.
Tags : ubu_acte_5
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